Liberté d’expression : nos mots comptent plus que nos colères

Dans un climat où les débats publics se crispent et où les réseaux sociaux amplifient chaque mot, il est urgent de rappeler que la liberté d’expression va de pair avec la responsabilité.

Un post part trop vite. Une formule qui claque, une étiquette collée « pour faire court », et l’on a franchi une ligne qu’on n’avait pas l’intention de dépasser. Un like ou un commentaire peut-être interpréter de différentes manières. D’autres, ailleurs, réagissent à la critique en dégainant des plaintes pour calomnie comme on brandit un bouclier. Dans les deux cas, le réflexe est le même : répondre à la parole par la morsure, ou par l’intimidation judiciaire. Ni l’un ni l’autre n’élève le débat.

Notre famille libérale tient à deux principes qui vont ensemble : la liberté d’expression et la responsabilité individuelle. On peut contester très fermement une idée, une décision, une ligne éditoriale. On n’a pas à mépriser les personnes. Et l’on n’a pas non plus à judiciariser chaque désaccord : la justice est un recours, pas un outil de pression.

Il y a, bien sûr, un cadre. L’injure publique, la diffamation, l’incitation à la haine ne sont pas des « opinions tranchées » : ce sont des fautes. Mais la critique, la satire, la contradiction — même vives — font partie du jeu démocratique. Les plaintes pour calomnie déposées à la légère brouillent ce repère : elles refroidissent la parole utile, découragent les lanceurs d’alerte et transforment un conflit d’idées en bras de fer procédural. Au final, on ne gagne pas en dignité ; on perd en confiance.

Revenons à ce qui devrait guider toute prise de parole publique :

  • La cible, ce sont les faits et les choix, pas les personnes. Dire « cette décision est mal fondée » éclaire. Dire « tu es… » enferme.
  • La précision évite la violence. Plus on nomme clairement ce qu’on reproche, moins on a besoin d’attaques blessantes.
  • La correction est une force. Une phrase malheureuse ? On la retire, on s’excuse, on repart sur le fond. Cela n’abaisse personne ; cela crédibilise tout le monde.
  • La justice n’est pas une arme rhétorique. On s’y tourne quand on est réellement diffamé, pas pour faire taire un contradicteur.

Ce rappel vaut pour les élus, pour les responsables d’associations, pour chacun de nous. Quand on représente une institution, nos mots engagent au-delà de nous-mêmes. Et lorsqu’on se sent visé, la meilleure réponse reste souvent la plus simple : un message clair, factuel, sans humiliation — plutôt qu’une plainte hâtive qui ne résout rien et envenime tout.

Le débat démocratique a besoin de nerf, pas d’injure ; de droit, pas d’intimidation. Nous gagnerons toujours plus à convaincre qu’à faire taire. Et nous serons d’autant plus libres de tout dire que nous serons responsables de la façon de le dire.

Nos mots comptent. Ils peuvent blesser, ou bien ouvrir une conversation. Choisissons la seconde voie. C’est à la fois plus efficace, plus digne… et plus profondément libéral.

Jean-Luc Rothe & Nicolas Collignon

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